Finaliste de cette quatrième saison de Cousu Main, Gérald a marqué l’aventure par son univers haut en couleur, ses choix parfois audacieux et des finitions presque toujours impeccables. Arrivé jusqu’à la grande finale aux côtés de Maureen et Claire, il s’est imposé au fil des semaines comme l’un des candidats les plus singuliers du concours.
Une chose est sûre, c’est que les créations de Gérald ne sont jamais passées inaperçues dans Cousu Main (disponible sur RMC Life, Canal 25 de la TNT et en replay sur RMC BMF Play). Depuis le début de l’aventure, il n’a pas manqué de briller par son originalité : froufrous, dentelle, superpositions, détournements inattendus… parfois de manière étrange, comme sur sa robe réalisée à partir de maillots de sport dans l’épisode 2. Il a aussi connu quelques difficultés avec la gestion de son temps, notamment lors de la création de la salopette pour enfant à l’épisode 3, ou de sa customisation de jean de l’épisode 4. Mais semaine après semaine, son style s’est affiné. Ses pièces sont devenues plus épurées, plus maîtrisées, sans perdre leur personnalité. On pense notamment à sa superbe blouse en dentelle réalisée à partir de rideaux de l’épisode 5.
Pour Burda Style, Gérald revient sur son parcours, son rapport à la couture, son goût pour les motifs forts et son envie de faire entrer davantage de couleur dans le vestiaire masculin.
Qu’est-ce qui vous a poussé vers la couture, et comment est-elle devenue une véritable passion pour vous ?
J’ai découvert les bases de la couture assez jeune grâce à ma mère, à la maison : faire des ourlets, poser de la ruflette, comprendre le fonctionnement d’une machine… Mais je n’y avais jamais vraiment retouché.
C’est en arrivant à Paris que l’idée est revenue. Comme je suis grand, je devais souvent faire reprendre mes pantalons pour les rallonger, et le prix des retouches m’a donné envie d’acheter une machine à coudre. En février 2020, juste avant le Covid, une amie m’a trouvé une machine électronique en promotion. Je l’ai achetée, rangée dans son carton… puis le confinement est arrivé.
J’ai commencé par faire des masques avec des chutes de tissu, puis, à l’automne, des cadeaux personnalisés : des tote bags doublés, avec poche passepoilée et broderies à la main. J’ai travaillé l’accessoire pendant environ un an et demi.
Mais dans un coin de ma tête, je savais que je voulais un jour coudre mes propres chemises, avec des manches enfin à la bonne longueur. J’ai acheté mes premiers patrons, sans oser me lancer tout de suite. Puis, au salon Créations & Savoir-Faire, mon ami m’a conseillé de commencer par un polo. J’ai cousu un polo manches longues avec col chemise, et ça a été une révélation : la pièce était aboutie, bien finie, et j’étais très fier.
En quelques mois, j’ai enchaîné un autre polo, une chemise, un pantalon, un bomber… Je suis vraiment tombé dedans. J’aime apprendre, me challenger, et surtout créer des vêtements exactement à mon goût. C’est quelque chose que personne ne peut nous enlever.
Pendant l’émission, quel moment vous a le plus marqué ?
Le moment qui a vraiment créé un déclic, c’est après l’épreuve de la salopette (épisode 3). Je me suis retrouvé avant-dernier, et je me suis dit : « Je ne peux pas partir, ce n’est pas possible. C’est trop bien, je veux vivre cette aventure jusqu’au bout.»
Au départ, mon objectif était de tenir au moins deux jours. Je me couche très tôt, je me lève très tôt, et mon ami, qui m’avait poussé à m’inscrire à l’émission, m’avait prévenu : les journées de tournage sont très longues, tu vas être complètement déphasé, il faut que tu te décales un peu avant. Et effectivement, physiquement, c’était très dur.
Je voulais aussi montrer que je n’étais pas revenu pour rien :
« Je vais prouver que ça m’a appris énormément de choses… que j’ai travaillé entre temps. »
Et finalement, je suis allé jusqu’au bout. Encore aujourd’hui, cela m’étonne. Je ne me sens pas au-dessus des autres techniquement. Je pense que c’est aussi une question de chance, d’épreuve, de moment. Parfois, le défi proposé fait que l’on a le déclic au bon moment, le petit truc qui permet d’être meilleur ce jour-là. Sur une autre épreuve, cela aurait pu être différent.


Quelles leçons tirez-vous de votre expérience dans Cousu Main ?
La principale leçon, c’est qu’il faut donner le meilleur de soi. Et j’ai aimé le fait que l’on montre aussi mes ratés, notamment ma difficulté avec la customisation de jean (épisode 4). Je trouve que cela peut décomplexer les gens qui n’osent pas se lancer par peur de se tromper.
Se tromper, ce n’est pas grave. On se remet le pied à l’étrier et on peut aboutir à des choses très chouettes. D’une certaine manière, j’ai aimé me planter, parce que cela fait partie du processus.
Sur cette épreuve, mon projet était beaucoup trop ambitieux pour le temps imparti. D’ailleurs, j’ai encore l’idée en tête : j’ai racheté trois jeans en friperie pour les retravailler. Mais maintenant, je sais comment il faudrait la développer pour en faire quelque chose de vraiment intéressant. Il me fallait simplement beaucoup plus de temps ! (rires).
Je ne pouvais pas juste superposer les matières. Il aurait fallu ouvrir les coutures, démonter les ceintures, découdre les passants, dégarnir certaines marges… Il y avait beaucoup trop de travail. Je m’en suis vite rendu compte, mais j’étais dans l’épreuve, fatigué, et je n’ai pas réussi à faire le pas de côté nécessaire pour changer de direction. J’y suis allé un peu comme un bourrin. On m’a changé deux fois de machine et j’ai cassé au moins quinze aiguilles !
L’émission vous a-t-elle ouvert de nouvelles perspectives personnelles ou professionnelles ?
Je continue à coudre tranquillement. Il y a un petit buzz autour de ma customisation de rideau qui me surprend beaucoup et me fait très plaisir. Les gens sont très fans de cette pièce, et beaucoup me demandent s’il y aura un patron.
C’est en réflexion. Je discute avec quelqu’un qui fait des patrons pour voir ce qui serait viable ou non. C’est un projet qui demande un investissement, donc il faut au minimum que cela puisse le rembourser. Pour le moment, c’est seulement une piste.
Je ne veux pas me mettre de pression, parce que j’aime aussi mon métier. Je suis brigadier-chef dans la Police nationale, et j’ai encore sept ans à faire avant la retraite. Mon idée, aujourd’hui, ce serait plutôt de développer mon image, puis d’en faire quelque chose qui reste un plaisir. Par exemple, réaliser une pièce sur mesure par semaine ou tous les quinze jours, mais sans transformer la couture en usine à gaz.
Dans votre espace de création, comment vous organisez-vous au quotidien ?
Je n’ai pas vraiment d’outil fétiche. Déjà, m’organiser pour coudre demande toute une préparation, parce que je n’ai pas d’espace dédié : je couds sur ma table de cuisine.
Tout mon matériel, mes tissus, mes accessoires et mes machines sont rangés sous le lit. Avant de commencer, il faut donc tout sortir, tout installer. D’une certaine manière, cela me met déjà dans ma bulle couture.
Et ensuite, il faut aussi prévoir le temps de rangement, passer l’aspirateur, tout nettoyer. J’ai découvert en me mettant à la couture que cela faisait énormément de poussière. Toutes ces microfibres de tissu, c’est impressionnant ! (rires). Quand j’ai terminé, il ne faut plus qu’il reste aucune trace, pour que l’on puisse retrouver notre espace de vie et passer la soirée tranquillement.
Enfin, comment définiriez-vous votre look signature ?
Mon look signature n’est pas forcément dans la coupe. Je porte souvent des formes assez simples : chino, chemise, polo… Ce qui m’intéresse vraiment, ce sont les tissus, les motifs, la couleur.
S’il n’y a pas beaucoup de couleurs, il faut au moins un motif très marqué. J’aime beaucoup les motifs rétro, par exemple. Il faut forcément qu’il y ait une pièce forte dans ma tenue.
Et si le motif n’est pas dans l’imprimé, il peut être dans la matière : de la broderie anglaise, par exemple. C’est quelque chose que l’on n’attend pas forcément dans le vestiaire masculin occidental, alors que dans les Antilles ou dans certains pays africains, les hommes portent de la broderie anglaise depuis très longtemps. Moi, j’ai envie de sortir cette matière du seul vestiaire féminin ou exotique. Je veux qu’elle se démocratise dans le vestiaire masculin, parce qu’elle y a vraiment sa place.
Je ne comprends pas pourquoi on considère encore certaines matières ou certaines couleurs comme féminines. On est conditionnés par des modes, par des habitudes. Ma chemise en dentelle que j’ai portée à l’avant-première, par exemple, avec un jean, je trouve ça simplement stylé. Cela n’a rien de féminin.
Il faut une pièce forte, une touche joyeuse. Aujourd’hui, les couleurs se perdent beaucoup, on est souvent dans le nude, le poudré, les tons neutres. On peut très bien porter une pièce plus douce, mais avec une pièce forte à côté : tout de suite, cela prend une autre dimension. Et cela vaut toute l’année. Pour moi, il n’y a pas de saison pour les couleurs ou les motifs.
Je me rends compte que mon style paraît à part surtout à travers le regard des autres. Moi, j’ai l’impression que c’est commun, que tout le monde pourrait porter ce genre de choses. Alors si cela peut permettre à certaines personnes de se dire qu’il est possible de démocratiser la couleur et les motifs pour l’homme, ce serait vraiment génial.
Merci beaucoup à Gérald d’avoir répondu à nos questions, et félicitations à lui pour son aventure remarquable ❤️
Suivez les aventures couture de Gérald sur instragam, sous @mizote_gerald !
Et suivez toute l'aventure Cousu Main avec la rédaction Burda Style qui a pu interviewer tous les candidats de la nouvelle saison de Cousu Main et qui vous livre son regard sur tous les épisodes de l'émission !



